Prévisions pour le gaz naturel en 2035 : scénario optimiste, scénario pessimiste et scénario de base

D’ici 2035, la tarification du gaz naturel deviendra encore plus une question systémique. La connectivité du GNL, la sécurité du stockage, la demande en électricité liée à l’électrification et aux centres de données, ainsi que la croissance de la production de gaz associé aux États-Unis auront plus d’importance que n’importe quelle saison météorologique.

Cas haussier

3,98 $/MMBtu - 5,61 $/MMBtu

Portée du scénario, et non cible unique

Ancre actuelle

2,92 $/MMBtu

L'EIA prévoit désormais un prix du Henry Hub de 3,18 $/MMBtu en 2027, après 3,50 $/MMBtu en 2026.

Équilibre clé

Capacité de stockage de 2 205 milliards de pieds cubes

Les stocks de l'EIA devraient atteindre 2 205 milliards de pieds cubes le 1er mai 2026, soit une hausse de 139 milliards de pieds cubes par rapport à la moyenne quinquennale.

Cas de base

2,59 $/MMBtu - 3,29 $/MMBtu

La portée que je considère comme la plus défendable

01. Données actuelles

Les données de marché qui façonnent les perspectives actuelles du gaz naturel

Un article sérieux sur l'énergie devrait partir du marché tel qu'il existe réellement, et non de celui que laissent entendre des discours dépassés. Actuellement, cela implique de fonder la discussion sur les bilans officiels, l'évolution des stocks, les derniers cours de référence et les conditions macroéconomiques susceptibles d'accélérer ou de freiner la tendance. Ces éléments sont plus pertinents que des discours vagues sur le sentiment du marché, car les marchés de l'énergie sont, en fin de compte, équilibrés par des quantités de matière, et non par des slogans.

Pour cette réécriture, j'ai privilégié les sources primaires ou quasi primaires : l'EIA, l'AIE, la Banque mondiale, le FMI et les dernières données sur l'inflation aux États-Unis. Ce choix est crucial, car un article sur l'énergie n'est véritablement exploitable que si le lecteur peut identifier précisément les chiffres qui sous-tendent la conclusion. En l'occurrence, les points de référence sont : 3,50 $/MMBtu, un stockage de 2 205 milliards de pieds cubes et le contexte inflationniste toujours pertinent d'avril 2026 : l'IPC américain a progressé de 3,8 % sur un an, l'IPC sous-jacent de 2,8 % et l'indice PCE sous-jacent de 3,2 % en mars 2026.

Graphique de scénario pour le gaz naturel montrant le point d'ancrage actuel, le signal d'équilibre et les zones haussières, de base et baissières.
Le graphique éditorial utilise uniquement les chiffres cités dans l'article : le point de référence officiel actuel, le dernier indicateur d'équilibre et les fourchettes de scénarios construites à partir de ces données.
Gaz naturel : les chiffres qui sous-tendent le régime actuel
PériodePoint de donnéesPourquoi c'est important
1er mai 2026Capacité de stockage de gaz en service : 2 205 milliards de pieds cubesLa marge de stockage officielle est supérieure à la moyenne de l'année dernière et à la moyenne quinquennale.
2026fMoyenne annuelle de l'EIA Henry Hub : 3,50 $/MMBtuRéférence américaine de base pour le cycle actuel
2027fMoyenne annuelle de l'EIA Henry Hub : 3,18 $/MMBtuScénario d'assouplissement officiel malgré une capacité d'exportation accrue
1er trimestre 2026Production de gaz commercialisée aux États-Unis : 120,2 milliards de pieds cubes par jourLa production continue d'augmenter.
2026fLes exportations américaines de GNL s'élèvent à 17 milliards de pieds cubes par jour.La demande d'exportations demeure un puissant épuisement structurel.

Ces chiffres établissent le cadre de référence avant même que toute opinion ne soit exprimée. Le principe fondamental est simple : si les données d’équilibre et l’évolution des prix se confirment, la thèse mérite davantage de crédit. Si elles divergent, la prudence est de mise. Ce principe est d’autant plus important dans le secteur de l’énergie que dans de nombreuses autres classes d’actifs, car les fluctuations au comptant peuvent être extrêmes tandis que l’équilibre sous-jacent peut se normaliser rapidement.

02. Perspective institutionnelle

Que disent réellement les dernières données institutionnelles ?

L'analyse institutionnelle du gaz naturel est la plus pertinente lorsqu'on dissocie le prix de référence américain du choc mondial du GNL, puis qu'on les relie par le biais des exportations et de la demande d'électricité. Selon les prévisions à court terme (STEO) de l'EIA du 12 mai 2026, le prix spot du Henry Hub devrait s'établir en moyenne à 3,50 $/MMBtu en 2026 et à 3,18 $/MMBtu en 2027. Ces chiffres ne sont pas alarmants. Toutefois, ils s'inscrivent dans un contexte de capacités d'exportation accrues et de demande d'électricité toujours croissante, ce qui rend le marché plus tendu que ne le suggère la seule moyenne annuelle.

Du point de vue de la production, on ne peut analyser le gaz naturel avec un optimisme simpliste. L'EIA indique que la production de gaz naturel commercialisé aux États-Unis s'est établie en moyenne à 120,2 milliards de pieds cubes par jour (Gpi3/j) au premier trimestre 2026 , soit une hausse de 4 % par rapport au premier trimestre 2025, et prévoit désormais 121,8 Gpi3/j en 2026 et 126,8 Gpi3/j en 2027. Elle anticipe également que les exportations américaines de GNL atteindront 17,0 Gpi3/j en 2026 et 18,2 Gpi3/j en 2027. Ce lien est crucial : l'offre augmente, mais les capacités de consommation structurelles le font également.

L'état des stocks donne un aperçu réaliste de la situation à court terme. Dans son rapport hebdomadaire sur les stocks de gaz naturel, publié le 7 mai 2026, l'EIA indique que les stocks de gaz disponible s'élevaient à 2 205 milliards de pieds cubes (Gpi3) au 1er mai. Ce volume était supérieur de 75 Gpi3 à celui de l'année précédente et de 139 Gpi3 à la moyenne quinquennale. Un marché disposant d'un tel niveau de stockage n'est pas structurellement défaillant. Toutefois, il pourrait encore connaître une reprise si les conditions météorologiques, les exportations ou la demande d'électricité se tendent lors de la prochaine période d'équilibrage.

Le rapport de l'AIE sur le marché du gaz au deuxième trimestre 2026 explique pourquoi le contexte mondial reste crucial. Il indique que la fermeture effective du détroit a réduit de près de 20 % l'approvisionnement mondial en GNL et modifié les perspectives à moyen terme suite aux dommages causés aux infrastructures de liquéfaction au Moyen-Orient. Cette situation maintient les prix internationaux du GNL à un niveau élevé et soutient la rentabilité des exportations américaines. Par conséquent, l'analyse institutionnelle pertinente ne se résume pas à constater l'abondance du gaz. Elle souligne que cette abondance nationale s'inscrit désormais dans un système GNL beaucoup plus interconnecté et géopolitiquement fragile.

Évaluation à cinq facteurs avec évaluation actuelle
FacteurPourquoi c'est importantÉvaluation actuelleBiaispreuves actuelles
Coussin de rangementDes stocks importants atténuent la panique à court terme, mais n'éliminent pas le risque hivernalMixte0Les stocks de l'EIA s'élevaient à 2 205 milliards de pieds cubes, soit 139 milliards de pieds cubes de plus que la moyenne quinquennale.
Tendances de productionL'augmentation de la production limite la durabilité d'un pic.Baissier-L'EIA prévoit une hausse de la production commercialisée aux États-Unis à 121,8 milliards de pieds cubes par jour en 2026 et à 126,8 milliards de pieds cubes par jour en 2027.
L'extraction de GNLLes exportations resserrent les équilibres intérieurs plus rapidement que ne le supposaient les anciens modèles de Henry Hub.Haussier+L'EIA prévoit que les exportations américaines de GNL atteindront 17,0 milliards de pieds cubes par jour en 2026 et 18,2 milliards de pieds cubes par jour en 2027.
Perturbation mondialeLes tensions internationales sur le GNL peuvent se répercuter sur les prix américains via les marges et les exportations.Haussier+L'AIE indique que près de 20 % de l'approvisionnement mondial en GNL a été affecté par la fermeture du détroit.
Demande en énergieLa croissance de la demande d'électricité soutient la consommation de gaz même en période de ralentissement économique.Constructif+L'EIA prévoit une hausse de la demande d'électricité aux États-Unis de 1,3 % en 2026 et de 3,1 % en 2027.

Le tableau d'évaluation est important car il oblige l'article à ne plus se cacher derrière des adjectifs vagues comme « haussier » ou « baissier ». Les lecteurs doivent pouvoir visualiser l'influence actuelle de chaque facteur. À l'heure actuelle, les données sont nuancées. Certains signaux plaident en faveur d'une hausse des prix, d'autres incitent à la prudence, et d'autres encore montrent surtout que l'horizon temporel est plus important que la simple conviction.

03. Contre-étui

Les risques qui pourraient affaiblir la thèse actuelle

Le premier argument pessimiste concernant le gaz naturel est simple : les stocks sont suffisants et la production continue de croître. Le dernier rapport hebdomadaire de l’EIA fait état de 2 205 milliards de pieds cubes (Bcf) en stock, un niveau supérieur à celui de l’année dernière et à la moyenne quinquennale. Parallèlement, l’EIA prévoit une hausse de la production commercialisée, qui passera de 121,8 milliards de pieds cubes par jour (Bcf/j) en 2026 à 126,8 milliards de pieds cubes par jour (Bcf/j) en 2027. Si ces deux conditions se maintiennent, la hausse des cours pourrait avoir du mal à se prolonger.

Le second risque est que l'optimisme concernant les exportations devienne excessif. Le GNL est une réalité, mais les marchés intègrent souvent l'annonce avant même que ses effets concrets ne se fassent sentir. Si la production nationale continue de croître, si les pannes sont résolues plus rapidement que prévu, ou si la tension mondiale sur le GNL s'atténue, alors le prix du Henry Hub pourrait décevoir, compte tenu de l'enthousiasme suscité par la pénurie internationale de gaz.

Le troisième risque est lié à la sensibilité macroéconomique et à l'inflation. Des taux d'intérêt réels élevés et durables, reflétés par l'IPC d'avril 2026 à 3,8 % et l'indice PCE de base de mars 2026 à 3,2 % , peuvent avoir des conséquences importantes, même pour une matière première dont le marché physique est solide. Si l'activité industrielle ralentit, que les stocks se remplissent facilement et que les conditions météorologiques ne déséquilibrent pas le marché, la prochaine chute des prix du gaz pourrait davantage être due à une absence de tension qu'à une réelle surabondance de l'offre.

C’est pourquoi l’argumentation contraire doit s’appuyer sur des données et des dates de révision actualisées, et non sur des abstractions théoriques. Un marché de l’énergie peut rester tendu plus longtemps que ne le prévoient de nombreux modèles, mais il peut aussi se normaliser plus rapidement que ne le laissent entendre de nombreux articles. La question pertinente n’est pas de savoir si un risque semble plausible, mais quel chiffre le confirmerait et à quelle vitesse ce chiffre évolue.

04. Cadre de prévision

Les perspectives concernant le gaz naturel à l'horizon 2035 doivent être considérées comme une fourchette de probabilités, et non comme une destination unique.

Mon scénario de référence pour 2035 se situe dans la fourchette moyenne, car les prévisions énergétiques à long terme portent principalement sur la pérennité du régime, et non sur une précision ponctuelle. La question est de savoir si le plancher actuel des prix se consolidera structurellement sous l'effet de la géopolitique, des exportations, de la demande d'électricité et des contraintes d'infrastructure, ou si le marché réapprendra progressivement à absorber les chocs avec plus de souplesse.

Pour les investisseurs déjà rentables, une approche plus ciblée s'impose souvent, plutôt qu'une conviction totale. Investir progressivement vers le haut de la bande haussière peut être judicieux lorsque les prix ont dépassé la dernière confirmation physique. Pour les investisseurs actuellement en perte, la question plus complexe, mais aussi plus utile, est de savoir si la thèse initiale est toujours en phase avec les données actualisées. Si l'équilibre se détériore, une stratégie de moyenne à la baisse risque d'amplifier une exposition inappropriée. Si l'équilibre se resserre, une patience sélective peut s'avérer raisonnable.

Pour les investisseurs non positionnés, la véritable distinction réside entre suivre un mouvement et miser sur une tendance validée. Si le marché confirme la thèse par de nouveaux prélèvements, une réduction des stocks ou une demande soutenue, attendre indéfiniment un repli parfait peut s'avérer coûteux. Si le marché est déjà euphorique alors que les données concrètes sont mitigées, la patience est généralement préférable. En d'autres termes, la bonne décision dépend du point d'entrée et des preuves tangibles, et non d'un slogan prônant l'achat à la baisse ou la crainte des rebonds.

Une autre discipline qui améliore les performances à long terme consiste à dissocier la conviction structurelle du dimensionnement tactique. Les marchés de l'énergie surévaluent leur juste valeur dans les deux sens, car ils sont à la fois sensibles aux chocs et aux politiques énergétiques. Le dimensionnement des positions, les dates de révision et les seuils de déclenchement sont donc aussi importants que la thèse elle-même. Ils constituent le lien entre une bonne analyse et une décision de portefeuille justifiée.

Les différents scénarios présentés dans cet article visent à aider les lecteurs à adapter leur comportement. Un trader s'intéressera principalement aux variations hebdomadaires des stocks, des inventaires et de la structure des transactions à court terme. Un investisseur long-only privilégiera l'évolution de la situation de base (amélioration ou détérioration) tous les six mois. Un exploitant d'entreprise exposé aux marchés du carburant ou du gaz s'intéressera surtout à la pertinence d'une couverture sur le marché actuel. Cette même analyse devrait être utile à ces trois publics.

Une dernière règle consiste à éviter de considérer la volatilité comme une preuve que la thèse est erronée. Sur les marchés de l'énergie, la volatilité est souvent l'expression même de cette thèse. La question essentielle est de savoir si cette volatilité s'accompagne d'éléments positifs ou négatifs. Si l'équilibre sous-jacent se renforce, la volatilité peut représenter une opportunité. Si, au contraire, les éléments négatifs s'estompent, cette même volatilité peut constituer un signal d'alarme. C'est cette distinction qui permet à l'analyse de scénarios de s'appuyer sur une démarche rigoureuse plutôt que sur l'émotion.

05. Scénarios

Scénarios concrets avec probabilités, déclencheurs et points de contrôle

L'analyse de scénarios n'est utile que si elle intègre des probabilités explicites, des déclencheurs mesurables et un calendrier de révision. Autrement, elle n'est qu'une ambiguïté trompeuse. La carte ci-dessous est conçue pour être suivie dans le temps plutôt que pour être admirée ponctuellement.

Carte de scénarios avec probabilités, déclencheurs et dates de révision
ScénarioProbabilitéPortée / implicationDéclenchementQuand réviser
Cas haussier30%3,98 $/MMBtu - 5,61 $/MMBtuLa demande de GNL, la demande d'électricité et le ralentissement de la croissance de l'offre maintiennent les équilibres sous tension.Réévaluer après chaque année les perspectives gazières de l'EIA et de l'AIE
Cas de base50%2,59 $/MMBtu - 3,29 $/MMBtuLe marché oscille mais se stabilise à un niveau plus élevé que les plus bas de 2024.Réévaluer tous les six mois en tenant compte du stockage, des exportations et de la production
Étui à ours20%1,31 $/MMBtu - 1,92 $/MMBtuLa croissance du gaz associé et l'expansion des infrastructures rétablissent un net excédentRéévaluer si le stockage reste sensiblement supérieur à la normale pendant plusieurs saisons consécutives.

Ce tableau n'a pas pour but de créer une fausse précision, mais d'imposer une discipline rigoureuse. Si un seuil est atteint, la répartition des probabilités doit être modifiée. Dans le cas contraire, la conviction doit rester mesurée. Cette approche est particulièrement importante dans le domaine de l'énergie, car les variations ponctuelles peuvent être spectaculaires tandis que l'équilibre global évolue plus progressivement.

06. Sources

Sources primaires et institutionnelles utilisées dans cet article