01. Contexte historique
L'objectif de 2035 doit trouver un équilibre entre la puissance de LVMH et un contexte sectoriel plus lent.
La fourchette de valorisation ajustée de LVMH sur 10 ans, comprise entre 113,80 et 808,59 euros, illustre à la fois la solidité de la marque et la cyclicité du marché du luxe. Ce facteur est crucial pour 2035, car le potentiel de hausse ne repose pas uniquement sur la force des marques. Il dépend aussi de la capacité du marché à renouer avec une phase où les investisseurs sont disposés à payer des valorisations élevées, comparables à celles des pics de cycle.
| Horizon | Ce qui compte le plus | Qu'est-ce qui renforcerait la thèse ? | Qu'est-ce qui affaiblirait la thèse ? |
|---|---|---|---|
| 2026-2027 | Reprise de la demande dans les plus grandes divisions | Le secteur de la mode et de la maroquinerie renoue avec une croissance nette. | La demande de produits de luxe reste stable et les estimations consensuelles sont en baisse. |
| 2028-2031 | résilience des marges et des flux de trésorerie | La reprise de la croissance se traduit par un flux de trésorerie disponible plus important. | La croissance du secteur reste modérée malgré la stabilité des marques |
| 2032-2035 | Régime d'évaluation | Le marché paie à nouveau une prime pour les actifs de luxe mondiaux rares. | LVMH est davantage considérée comme une valeur cyclique mature que comme un composé rare. |
Les fondamentaux actuels constituent toujours une base solide. En 2025, LVMH a réalisé un chiffre d'affaires de 80,8 milliards d'euros, un résultat d'exploitation courant de 17,8 milliards d'euros et un flux de trésorerie disponible opérationnel de 11,3 milliards d'euros. Cette assise financière permet au groupe d'attendre la reprise de la demande, ce qui explique en grande partie pourquoi le scénario de base pour 2035 reste positif malgré un démarrage plus lent en 2026.
02. Forces clés
La fourchette de 2035 sera déterminée par la profondeur de la reprise et la discipline d'évaluation.
Le consensus prévoit une légère hausse en 2026 et un rebond plus marqué en 2027. Les chiffres de MarketScreener indiquent un BPA de 22,26 EUR pour 2026 et de 25,55 EUR pour 2027, après 21,85 EUR en 2025. Ce profil est important car il montre que le marché n'anticipe pas encore un véritable super-cycle du luxe ; il prévoit une reprise, mais une reprise mesurée.
La structure du secteur constitue le second facteur. Selon l'étude de Bain sur le luxe, le marché des biens de luxe personnels s'est stabilisé à 358 milliards d'euros en 2025, à taux de change constant et en baisse de 2 % en données publiées. Si cette stabilisation se transforme en une reprise de la croissance, LVMH pourrait enregistrer une forte croissance composée jusqu'en 2035. En revanche, si le secteur reste structurellement plus lent qu'avant 2023, le potentiel de hausse à long terme se réduit, même pour des marques prestigieuses.
Le troisième facteur est l'exposition géographique. Les prévisions du FMI d'avril 2026, qui tablent sur une croissance de 4,4 % pour la Chine et de 2,0 % pour les États-Unis, offrent toujours un contexte macroéconomique favorable à la reprise de la demande, mais n'éliminent pas pour autant les risques. L'entreprise a besoin que ces marchés finaux traduisent la stabilité macroéconomique en dépenses de luxe réelles, et non pas seulement en une croissance statistique du PIB.
| Facteur | Évaluation actuelle | Biais | implications de 2035 |
|---|---|---|---|
| Force de la marque | Toujours leader du secteur, avec un chiffre d'affaires supérieur à 80 milliards d'euros en 2025. | Haussier | Supporte un plancher à long terme plus élevé que la plupart des marques grand public |
| Reprise de la demande | Croissance organique de seulement 1 % au premier trimestre 2026 | Neutre | La reprise est visible, mais pas encore décisive. |
| génération de trésorerie | Le flux de trésorerie disponible opérationnel s'élevait à 11,3 milliards d'euros en 2025. | Haussier | Donne au groupe du temps et des options pendant un cycle plus doux |
| Évaluation | Environ 20,5 fois le PE 2026 et 17,8 fois le PE 2027 | Neutre | Le potentiel de hausse à long terme nécessite des résultats concrets, et non de simples espoirs de multiplication. |
| Contexte du secteur | Bain prévoit une stabilisation, et non un retour à une hypercroissance. | Neutre à baissier | Limite le degré d'ambition que devrait avoir un objectif pour 2035. |
Le scénario à long terme est donc solide, mais limité. LVMH peut encore surperformer pendant une décennie, mais cette trajectoire sera probablement plus cyclique et sensible à la valorisation que ne le pensaient de nombreux investisseurs lors du dernier pic.
03. Contre-étui
Le scénario pessimiste prédit une période de ralentissement du marché du luxe, avec moins d'opportunités de réévaluation.
L'argument pessimiste le plus convaincant est que le secteur a changé. Si le marché du luxe de 358 milliards d'euros en 2025 préfigure un ralentissement structurel du secteur plutôt qu'une simple pause avant une reprise, LVMH pourra certes continuer à croître, mais le marché pourrait ne plus lui offrir des valorisations proches des sommets précédents.
Les données actuelles incitent déjà à la prudence. Le secteur Mode et Maroquinerie a enregistré une baisse organique de 2 % au premier trimestre 2026, et la direction a indiqué que les perturbations géopolitiques au Moyen-Orient ont amputé la croissance du groupe d'environ un point. Il ne s'agit pas de risques existentiels, mais ils illustrent la fragilité du marché du luxe.
Le deuxième facteur baissier est la compression des valorisations. Si le ratio cours/bénéfice de LVMH passe d'environ 20 à une quinzaine, tandis que la croissance des bénéfices reste modeste, l'action pourrait demeurer longtemps en dessous de ses anciens sommets, même si l'activité opérationnelle reste saine.
| Risque | Dernières données | Évaluation actuelle | Biais |
|---|---|---|---|
| Douceur de la division du noyau | Croissance organique du secteur de la mode et de la maroquinerie de -2 % au premier trimestre 2026 | Le segment clé n'a pas encore complètement tourné. | Baissier |
| plafond de croissance du secteur | Bain estime le marché des biens de luxe à 358 milliards d'euros en 2025. | La reprise du secteur semble plus lente que lors du dernier cycle. | Neutre à baissier |
| Chocs de confiance macroéconomique | Les perturbations au Moyen-Orient ont déjà affecté la croissance du premier trimestre | La sensibilité géopolitique demeure bien réelle. | Neutre |
| Réinitialisation de l'évaluation | PER toujours proche de 20 pour 2026 | Les multiples peuvent se contracter si la reprise des bénéfices ralentit. | Neutre |
Un scénario pessimiste pour 2035, avec un cours compris entre 360 et 520 euros, reflète donc un régime de rendement plus faible pour le luxe, et non un échec de la franchise LVMH elle-même.
04. Perspective institutionnelle
Des recherches externes confirment la qualité, mais pas une réévaluation à l'aveugle.
Les prévisions du FMI d'avril 2026 offrent à LVMH un contexte macroéconomique favorable, sans être exceptionnel : une croissance mondiale de 3,1 %, une croissance chinoise de 4,4 %, une croissance américaine de 2,0 % et une croissance de la zone euro de 1,2 %. Ces chiffres suffisent à relancer la demande de produits de luxe, mais ne la garantissent pas.
L'étude de Bain sur le secteur du luxe est d'autant plus pertinente pour les prévisions à long terme qu'elle décrit l'industrie dans son ensemble, et non seulement l'entreprise. Un marché de 358 milliards d'euros en 2025, stable à taux de change constant, suggère que le secteur entre dans une phase de croissance plus sélective. Ceci avantage les acteurs de premier plan comme LVMH, mais remet également en question l'hypothèse d'un retour automatique au rythme de réévaluation antérieur.
Le consensus des analystes reste positif, MarketScreener affichant un objectif moyen de 588,54 EUR et un rebond plus marqué du BPA en 2027. Toutefois, les réactions plus prudentes des courtiers après le premier trimestre 2026 montrent que les investisseurs institutionnels exigent de plus en plus de preuves de la part de la division la plus importante, et non plus seulement une confiance générale dans le portefeuille de marques.
| Source | Mis à jour | Ce que cela dit | Implication |
|---|---|---|---|
| FMI WEO | 14 avril 2026 | La croissance reste positive sur les principaux marchés | Favorise la récupération, mais ne garantit pas une accélération de luxe. |
| Étude de luxe Bain | Novembre 2025 | Le marché du luxe s'est stabilisé plutôt que de connaître une nouvelle accélération. | Le potentiel de hausse à long terme doit être modélisé de manière prudente. |
| MarketScreener | Mai 2026 | Le consensus des analystes concernant le BPA pour 2027 est de 25,55 EUR, avec un objectif moyen de 588,54 EUR. | Le consensus à court terme table toujours sur une reprise cyclique |
| Couverture syndiquée par Reuters | Avril 2026 | Certains courtiers ont adopté des objectifs plus prudents après l'échec des ventes. | Les institutions ne font pas l'impasse sur la faiblesse à court terme. |
Du point de vue institutionnel, LVMH reste l'un des meilleurs moyens d'investir dans le luxe, mais le profil de rendement à long terme sera probablement mieux évalué par l'analyse de différents scénarios plutôt que par un objectif unique.
05. Scénarios
Trajectoires de prix 2035 avec conditions explicites
La distribution des prévisions de LVMH pour 2035 est large car la croissance du secteur et le multiple de marché peuvent évoluer sensiblement sur neuf ans. La méthode rigoureuse pour établir des prévisions consiste à expliciter ces conditions.
| Scénario | Probabilité | Déclenchement | Portée cible | Point de révision |
|---|---|---|---|---|
| Taureau | 25% | La demande chinoise et touristique reprend de la vigueur, le secteur de la mode et de la maroquinerie renoue avec une croissance saine et le marché est à nouveau prêt à payer un multiple de prix élevé pour les produits de luxe. | 820 EUR à 980 EUR | Réévaluer une première fois après l'exercice 2026, puis tous les deux ans, en fonction de la croissance de la division et des tendances en matière de marges. |
| Base | 40% | LVMH poursuit sa croissance dans un cycle de luxe normal, la reprise du BPA prévue pour 2027 se confirme et la valorisation reste proche d'un bénéfice de 15 à 20 %. | 620 EUR à 780 EUR | Un examen après chaque rapport semestriel et annuel, en particulier concernant la mode et la maroquinerie. |
| Ours | 35% | La croissance du luxe reste structurellement plus lente, le segment clé demeure atone et les valorisations se resserrent autour de 15 %. | 360 EUR à 520 EUR | Réexaminer si la croissance organique ne parvient pas à dépasser sensiblement le rythme actuel du groupe, qui est de 1 %. |
Le scénario de base reste constructif car la qualité de la franchise est exceptionnelle et la génération de trésorerie demeure solide. La principale contrainte réside dans le fait que le contexte sectoriel ne permet plus une extrapolation aveugle.
Références
Sources
- Graphique Yahoo Finance sur 10 ans pour MC.PA
- Résultats annuels de LVMH pour 2025
- Mise à jour des revenus de LVMH pour le premier trimestre 2026
- Page de cotation MarketScreener pour LVMH
- Estimations des résultats de MarketScreener pour LVMH
- Perspectives de l'économie mondiale du FMI, avril 2026
- Estimation flash d'Eurostat concernant l'inflation dans la zone euro en avril 2026
- Perspectives du marché du luxe selon Bain après la stabilisation en 2025
- Article de Reuters relayé par les analystes concernant les ventes décevantes de LVMH et les réactions des courtiers